Quand a germé en juillet l'idée de courir un marathon, j'avais l'impression d'avoir une très longue période devant moi pour confirmer l'idée, pour m'entraîner ou pour renoncer. Dimanche 28 octobre 8 heures, Gérard et Christian Fauchehaut viennent me chercher. Je monte dans la voiture et déjà je suis « au parfum». En effet, ça sent fortement la crème dont s'est servi Christian pour se masser. Ambiance course à pied garantie!
La Queue en Yvelines, lieu de l'aventure, retrait des dossards, suit le rituel qui est propre à chacun. Je choisis de trottiner toute seule au calme, mais dix minutes avant le départ, je m'aperçois que j'ai oublié de mettre mon dossard, grosse montée d'adrénaline, je n'ai plus de jambes. Heureusement Gérard n'est pas loin, il a les clefs de la voiture dans laquelle se trouve mon précieux dossard . Je ne sais pas où est Christian, j'aurai voulu lui souhaiter bonne chance; moi je me place à l'arrière du peloton, quatre cent coureurs, dont seulement 24 femmes. Le départ est aménagé sur une large route de campagne, c'est cool cela me convient parfaitement. Le ciel est d'un bleu rassurant.
Enfin le coup de feu libérateur; Je n'ai plus peur c'est le moment de tirer parti de tout ce que j'ai acquis ces dernières semaines. Je me suis beaucoup inspirée des conseils de Christian et accumulé une grosse somme d'entraînement. Je veux absolument améliorer mon chrono, je ne suis là que pour ça. Le peloton ne reste pas compact très longtemps. Chacun cherche son rythme, quelques uns s'encouragent mais peu à peu le silence se fait quand se dresse devant nous une longue et douce côte qui doit nous mener jusque dans la forêt de Rambouillet.
5ème, je contrôle mon temps de passage noté sur un pansement que j'ai collé sur mon poignet à coté de mon chrono, c'est OK ! Dans la forêt je suis « un poisson dans l'eau», l'environnement m'est favorable. Des gouttelettes de brume restent en suspension dans l'air, le soleil passe au travers des feuillages, les Dieux de la météo sont avec la course. Un coureur a calqué sa foulée sur la mienne où l'inverse peut-être , son accompagnateur vélo me propose à boire, il nous félicite sur notre foulée et me dorlote un peu; je me sents moins anonyme. Au quinzième km j'aperçois à quelques dizaines de mètres devant moi une silhouette fine et des cheveux aux vents, cela fait plaisir de croiser une femme, mais je ne m'attarde pas et la laisse derrière moi... J'ai pris beaucoup d'avance et je suis bien ! Au passage du semi après une heure trente trois de course je suis toujours avec le même coureur, nous avançons à la même allure, il me dit que c'est son premier marathon et qu'il vise moins de trois heures.
Je prend conscience du risque que j'ai pris avec cette avance sur mes temps de passage qui devait me mener vers trois heures dix sept; je laisse partir le coureur. La fatigue ne tarde pas d'ailleurs à se faire sentir et au 25ème km la jeune femme que j'ai dépassé me rattrape, elle reste à mes cotés et dans un souffle me dit que cela devient dur et qu'elle commence à souffrir, cela me «», elle me reprend quand même un peu d'avance.
Au ravitaillement du 30ème km je m'arrête pour attraper un peu d'eau et de glucose. Un homme qui distribue des gobelets me conseille vite de repartir, qu'il se rassure je n'abandonne pas, j'avais juste besoin de boire correctement sans avaler par les narines. Je renverse l'eau glucosée sur mes mains ce qui me laisse la désagréable impression d'avoir les doigts palmés.
A ce moment de la course je suis très reconnaissante envers mes jambes qui avalent les km malgré cette impression de traîner un boulet. Il y a un certain écart entre les coureurs, j'aperçois distinctement deux féminines, je suis cinquième et il reste 7 km à parcourir. Je garde les filles en point de mire, c'est stimulant! Quand j'arrive à la hauteur de la troisième du classement féminin, elle tourne la tête vers moi, tend sa main que je prends et me dit «-y maintenant tu es 3ième». Il n'en faut pas davantage, j'oublie momentanément mon boulet et déjà une descente s'amorce. Christian m'avait prévenu que les derniers km descendaient jusqu'à l'arrivée, que demander de plus. Seulement cela ne devait pas être la bonne descente car une côte lui succédait, décidément le parcours du retour était plutôt vallonné. Au 39ème km devant une autre côte je suis découragé. Impossible de m'arrêter, je crains de ne pas pouvoir repartir mes jambes sont ankylosées. Mon état d'esprit a changé au cours de ces 2 dernières heures, la donne n'est pas la même, je sais tenir un chrono au delà de mes espérances, et cerise sur le gâteau, je suis troisième! Un accompagnateur vélo m'encourage à conserver ma place, je dépasse encore quelques coureurs épuisés ; seule leur forte volonté leur permet de continuer. Et enfin au bout d'une ligne droite se profile l'arrivée avec encore quelques mètres sur la piste d'un stade ensoleillé. Voilà ! Ma ligne bleue s'arrête là et dans ce couloir de barrières des coureurs me félicitent et me serrent la main. Je suis extrêmement heureuse et je n'arrive pas à croire en ces 3 h 11! Je cherche Gérard et Christian avec qui je voudrai partager ma joie. Après environ une demi-heure d'attente et plusieurs appels lancés au micro par le sympathique Franck GUILLOTEAU, l'animateur de la course, je vois enfin les visages familiers. J'ai droit à la bise et Gérard est très content pour moi, malheureusement Christian n'a pas obtenu les mêmes satisfactions mais ne laisse pas paraître sa déception et me félicite. Je le remercie de m'avoir si bien conseillé. Ne pas avoir peur de la distance et se sentir forte sur la ligne de départ à été ma locomotive, l'entraînement et la volonté on fait le reste.
Dimanche 28 octobre, 23 heures : je suis toujours dans un état de béatitude, je n'arrive pas à dormir et je sais que demain ce sera dur pour mes articulations mais cela en valait la peine! |
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