5
heures trente du mat, j'ai des frissons !
Dehors, c'est la nuit et le froid... Dans
ces moments là, on ne rêve que de lit
douillet et de grasse -mat.
Comment avaler quelque chose, si tôt, mais à
1h30 du départ ?
J'arrive à mâcher deux barres de céréales et
Christian F, des flans. Nous nous préparons
en échangeant un minimum de phrases.
A 6
h, nous sommes dehors, au pied de l'hôtel,
seuls dans la rue... Premier regard tourné
vers le ciel. Celui-ci est peu nuageux mais
les nuages défilent très rapidement.
5°C, nous nous engouffrons rapidement dans
la voiture... direction Gravigny à quelques
kilomètres de là.
Arrivée au gymnase, lieu du départ, peu
d'animation. 70 coureurs seulement assez
frigorifiés prendront le départ.
Comment se vêtir par ce temps, d'autant que
le dossard doit apparaître à divers points
du parcours pour le pointage (antifraude des
coureurs). Je prends le parti du K-way sur
un double tee-shirt de jogging. Christian F
prend, lui, celui d'un sweet-shirt sur un
tee-shirt (il le regrettera, au début).
OBJECTIF
Sur
un parcours composé de 7 boucles de 14.3 km,
ma stratégie est la suivante : passage du
marathon en 3h30, passage du 50ème km en
4h10 et ensuite, gestion tranquille à 10
km/h pour terminer globalement en 9h10.
DEPART
7
H, le coup de pistolet du départ. Comme
toujours, les premiers kilomètres
permettent, d'une part de vérifier que si
musculairement tout va bien, d'autre part de
se jauger par rapport à la masse des
coureurs. Je réssens une légère élongation
sur les adducteurs supérieurs du mollet
droit mais à part cela RAS, j'adopte un
rythme de base à 12,5 km/h. Je me situe en
20ème position. Tout va bien jusqu'au 3ème
km où, au contour d'une école, nous voilà
confrontés à un vent violent de face. Les
coureurs se courbent instantanément, chacun
cherchant le meilleur rythme pour affronter
le vent, la vitesse du groupe diminue...
8ème km, contour de la première boucle.
Cette fois-ci, le vent dans le dos augmente
l'amplitude de nos foulées. Celle-ci
contraste beaucoup avec celle des coureurs
que l'on croise avant qu'ils n'atteignent, à
leur tour, la mi-parcours.
Fin
de la première boucle, j'abandonne en
courant mon K-Way que je jette en boule au
pied de mon sac de ravitaillement. Un
cycliste m'annonce ma position : 18ème.
Je
décide de poursuivre au même rythme en
espérant que le vent va se calmer à la
mi-journée. Je croise Christian F qui a déjà
plusieurs km d'avance sur moi en se situant
dans les tous premiers. On se claque la main
amicalement à chaque passage. Il a juste le
temps de me dire : « vent !».Déjà nous nous
éloignons l'un de l'autre.
Passage au marathon : 3h29, je suis dans les
temps en 15ème position. A chaque mi
parcours, nouvelle confrontation au vent qui
ne faiblit pas.
Nouveau croisement de Christian F qui me
glisse à nouveau : « vent !» ; je lui
réponds brillamment : «'est sûr !».
4h14 au 50ème km, Ce vent pénible m'a fait
perdre quelques minutes. Il est vrai que
celui-ci est usant moralement, je fais le
choix de ralentir l'allure pour mieux gérer
la situation.
A
mon passage pour le 5ème tour (71ème km), je
croise Christian F qui se repose dans sa
voiture. Le vent fort est plus handicapant
pour les meilleurs qui sont, comme lui,
plusieurs à abandonner.
Je
suis dans des temps de 9h20 en final. Je
décide de garder ce train "gérable" sans
souffrance pour terminer sans difficulté
avant les 9h30, mon nouvel objectif. J'en
profite pour mieux regarder le paysage, les
champs de colza au parfum douçâtre, certains
prés inondés, le passage de la rivière. Je
m'accorde un arrêt de 20 secondes à tous les
ravitaillements, pour échanger quelques mots
avec les bénévoles qui ont bien du mal a
garder des verres de boissons debout à
l'avant de tentes soumises aux bourrasques
incessantes. Plus que 20 km, plus que dix,
plus que 5, 4... je n'accélère nullement
pour terminer. Je goutte plutôt ces instants
de plénitude où on sait que l'objectif est
atteint. Les 3 derniers km sont grisants,
Nine m'accompagne en songe, je pense à ceux
que j'aime, à mes amis.
ARRIVEE
J'aperçois au loin la silhouette de
Christian F qui me vise avec son appareil
photo. Je retire ma casquette pour saluer
les spectateurs et supporters, chaudement
couverts.
Le
speaker annonce "Christian Rebollo...
10ème", j'arrive enfin à une vraie borne
physique symbolique des 100 km, en 9h26,
pour recevoir un sac de victuailles : un
camembert, une bouteille de cidre du pays.
Comme quoi, cela valait la peine..
En
gagnant, malgré ces conditions pénibles, 25
minutes sur mon meilleur 100 km, je dédie
cette course à mon club à qui je dois
beaucoup dans la progression régulière de
mes performances depuis plusieurs mois. J'ai
en effet acquis la conviction que dans la
course de fond (que l'ont dit sport
individualiste) nos possibilités, au sein
d'un club motivé, deviennent supérieures à
celles dont nous sommes capables
individuellement, hors club.
Christian Rebollo |